La Loppsi, ou loi d'orientation et de programmation pour la
performance de la sécurité intérieure, est un dispositif complexe
ayant pour but de lutter contre la cybercriminalité. Pour ce faire,
la loi, si elle est adoptée, contraindra les fournisseurs d'accès à
Internet (FAI) à filtrer des sites. Conséquence : ces sites de
partage deviendront inacessibles et finiront par disparaître.
Paradoxalement, ce processus peut se révéler dommageable pour la
lutte contre la pédopornographie.
1. Pourquoi la Loppsi pose problème ?
Il faut avant tout comprendre comment s'organise la
pédopornographie, vaste question qui est l'objet de l'étude
co-rédigée par Fabrice Epelboin éditeur du blog Read Write Web et
co-auteur d'une étude sur la pédopornographie, publiée
vendredi
Pour résumer, il convient de distinguer deux espaces.
- D'un côté, "un espace non marchand, le partage", explique Fabrice
Epelboin. Espace difficile à trouver mais bel et bien réel,
surveillé par les forces de l'ordre qui parviennent ainsi à faire
des arrestations.
- D'un autre côté, la pédopornographie commerciale. Et on en arrive
au vif du sujet.
Certains distributeurs d'images pédopornographiques (qui n'ont rien
à voir avec le marché du porno pour adultes, précisons-le
clairement) ont anticipé le filtrage du Web il y a des années et
ont les moyens de le contourner.
"Ils ont mis en place un Internet parallèle pour arriver à des
serveurs cryptés qui contiennent des images pédophiles"
D'où la conclusion alarmante : "Si on filtre les contenus
pédopornographiques, tous les distributeurs vont se rabattre sur
ces espaces protégés, et les flics vont les perdre de vue
2. Un pédophile se dit lui-même dubitatif sur l'utilité de
la loi
Son témoignage, édifiant, est à lire sur Numerama. Cet homme
reconnaît être attiré par les ados, tout en nuançant : "Je ne
regarde pas de contenus pédophiles sur internet, je ne fais rien
aux enfants".
Alors pour assouvir ses fantasmes, il confie regarder des
"lolicons", des dessins japonais mettant en scène des enfants. "Ce
ne sont que des dessins, cela ne fait de mal à personne, mais c'est
malheureusement interdit en France", poursuit-il.
Numerama rapporte ensuite que, selon une étude, le développement de
la pornographie juvénile au Japon et la baisse des crimes sexuels
dans ce pays sont liés.
D'où l'ouverture un débat aussi indispensable que délicat : "La
meilleure manière de combattre les réseaux pédocriminels est
peut-être en effet de laisser prospérer la pédopornographie
virtuelle, qui ne fait pas de victime. Ou peut-être pas. Notre avis
sur la question n'est pas tranché", souiligne Numerama.
3. Finalement, à quoi sert cette la Loppsi ?
"Filtrer les contenus pédophiles n'est qu'un prétexte". "Le but de
la Loppsi, c'est de filtrer les contenus piratés."
Or, les pirates vont eux aussi se cacher.
"Ils vont se rabattre sur les réseaux de distribution
pédopornographique. Les distributeurs se moquent de ce qu'ils
vendent, ce sont des mafieux". "Leur marché de distribution va
exploser, et on va retrouver dans le même circuit des pédophiles et
des ados qui téléchargent des mp3."
Conclusion : "Si on vote le filtrage, on fait la fortune des
distributeurs de contenus pédophiles",
Accueil
Date de création : 23/04/07 Dernière mise à jour : 17/03/10 09:56 / 10989 articles publiés